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l'histoire de l'anarchiste naïf
 


Il y avait les leaders de ces groupes anarchistes, ceux qui écrivaient des articles pour les colonnes de leur journal, faisant des conférences ici et là à Paris et ailleurs. Ils bénéficiaient auprès de leurs « troupes » d'un grand prestige

Mais, il y avait aussi le petit peuple de l'anarchie, les sympathisants, ceux qui, le cœur pur, ne concevaient aucun projet ambitieux autre que celui de croire à des idées. C'est l'histoire de l'un d'entre eux que je vais vous raconter.

Son exemple est hors contexte de l'épisode romainvillois. Il a néanmoins trait avec le journal l'anarchie et à sa maison mère les Causeries populaires qui avaient élu domicile à Montmartre au 22 de la rue du Chevalier de la Barre.

En 1905, alors que l'on est encore bien loin de Romainville, un certain Brunia, pêcheur d’huîtres dans une petite cité côtière de l'Atlantique : Chatelaillon, se met en tête d'organiser un lieu de villégiature au profit des familles d'anarchistes.

Pour faire connaître son projet, il écrit à divers journaux d'obédience anarchiste pour expliquer les modalités des séjours. « L'anarchie » est l'un des organes qui relaya cette information.

Anna Mahé, la maîtresse de Libertad le fondateur du groupe des Causeries populaires va jouer un rôle important dans la popularisation de ces séjours.

Anna Mahé, personnage clé à l'époque dans l'équipe de « l'anarchie », va donc organiser des séjours dans ce nouveau lieu. Elle fera état de ces voyages dans le journal.


Un groupe d'estivants devant le local

Tout semblait être au mieux durant un temps jusqu'au jour où, peu d'années après, un rapport de police fait de cette expérience un compte rendu beaucoup moins rose.

Extrait du rapport :

Paris, le 26 juillet 1908,

Ça va très mal à Chatelaillon...

On n'en parle plus dans « l'anarchie » et l'on a refusé d'y recevoir Libertad et d'autres. On n'y vit plus en commun. Celui (Brunia) qui s'en occupait est écœuré de la conduite des compagnons.

Cet aimable projet connut donc un sort comparable à celui de bien d'autres. Les choses qui commençaient dans l'exaltation, dans un esprit de grande camaraderie, mais ensuite presque invariablement des conflits faisaient leur apparition.

Alors qu'ils étaient ennemis de la loi, les anarchistes devenaient alors soumis à la plus rude d'entre elles, celle qui n'est pas écrite mais qui est la plus implacable, la plus injuste : la loi du plus fort.

Dans ces groupes constitués selon des principes idéalistes, la liberté du départ faisait souvent place à une gestion dure des lieux qui était le fait d'un petit groupe autoritaire : paradoxe dans le monde anarchiste !

On ne peut que plaindre l'infortuné Brunia, comme semble le faire le policier, rédacteur de ce rapport.

Il est à constater aussi que, dans les nombreuses tentatives de vie communautaire qui furent entreprises par ces personnes animées par des idées radicales, la durée de vie de ces groupements fut toujours plus ou moins éphémère.

 

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